Comment ne pas immigrer au Québec ?

Comment ne pas immigrer au Québec ?

Oui, vous avez bien lu… comment ne pas immigrer au Québec … ceci est partie de ma réalité et vision d’un système bien compliqué… 

Permettez-moi de profiter de la tribune de ce blog voyage pour parler de la complexité du parcours pour immigrer au Québec pour certaines personnes.

Le système est tel qu’il est et loin de moi l’idée de faire une révolution aujourd’hui. Je connais d’ailleurs plusieurs personnes coincées dans le même système que moi mais je souhaite avant tout vous raconter mes péripéties côté Amérique du Nord depuis quelques années.

Pour tout vous dire, cela fait quelques jours que je me demande si publier cet article est réellement une bonne idée (on ne doit pas critiquer ouvertement un système) mais aujourd’hui, cela va peut-être m’aider à lâcher-prise (encore plus) sur mes projets.

Je ne peux parler que de mon expérience et je ne fais pas de généralités mais je dois avouer et vous constaterez par vous-même, que c’est loin d’être le parcours idéal.
Il existe différentes formes pour immigrer à l’étranger et je ne parle pas de certains « avantages » liés aux statuts d’expat (et femmes d’expat), des actionnaires, investisseurs, membres consulaires, famille au Québec, etc.

Je précise également que la procédure via la Province du Québec est différente de celle du Canada mais tout aussi compliquée.

Ce qu’on lit par rapport à l’immigration au Québec

J’ai lu beaucoup de choses dans la presse internationale au sujet du Canada et du Québec qui a définitivement besoin de travailleurs qualifiés ou au sujet des secteurs qui recrutent. Je peux le dire aujourd’hui : le Québec ne facilite pas le processus d’immigration pour les étrangers.
Pardonnez-moi, je rectifie, en fait cela dépend beaucoup de votre profil (âge, situation familiale, emploi, offre d’emploi déjà validée par le Ministère, expérience au Québec, études, argent, parrainage, étudiant, nationalité, etc..).

Pour s’installer et travailler au Québec, il faut recevoir 2 accords, celui du Provincial (Québec) et celui du Fédéral (Canada). La province du Québec possède sa propre loi sur l’immigration et elle fait partie des plus complexes comme pour l’Australie, les USA et la Nouvelle-Zélande. De plus, passé un certain âge (35 ans), cela devient encore plus compliqué.


Bref résumé
: je suis de nationalité suisse, j’ai + de 40 ans, près de 20 ans d’expérience dans le monde du travail, je parle plusieurs langues, mon expérience professionnelle est variée (administration, tourisme, rédactrice web, coaching, assistanat de direction, voyages, événementiel) et cela fait plus de 4 ans que je souhaite déposer mes valises au Québec (déjà 5 voyages)

Laissez-moi vous conter mon histoire…

En 2014, je me suis envolée pour la première fois à Montréal en plein été. Cela faisait très longtemps que je rêvais de m’y rendre et je peux dire avec le recul, que cela a été un réel « coup de foudre ». J’ai été immédiatement séduite par son accueil,  sa grandeur, son atmosphère, sa topographie, ses habitants, ses opportunités, sa bonne humeur, sa légèreté et sa sécurité en tant que femme voyageant seule. J’ai d’ailleurs consacré un bel article intitulé « From Québec with Love » qui vous explique ce premier séjour-découverte estival.

Quelques mois plus tard, je décide d’y retourner mais cette fois-ci en plein hiver, histoire d’attacher ma tuque (mon bonnet!) et de  survivre à l’hiver québecois. Je n’ai qu’une envie : tester ma résistance au Grand Nord pour pouvoir ensuite décider si oui ou non, je me lance dans un processus d’immigration.

Les températures ont avoisiné les -26°C durant plusieurs jours et j’ai survécu ! J’ai eu le privilège d’aller faire du chien de traîneau et de la motoneige au Lac Beauport (proche de la ville de Québec) et j’ai passé un merveilleux week-end dans un chalet avec des amis en pleine nature. J’ai même visité la ville de Québec et son Château Frontenac.

Lors d’un autre voyage, j’ai découvert les Cantons de l’Est, l’Estrie, les Laurentides, la Montérégie, la Rive Sud, la Rive Nord et j’ai rencontré de belles personnes dans le monde du développement personnel. Mon cercle de connaissances s’est agrandi follement.

En fait, l’unique chose difficile à supporter pour moi, je l’avoue, c’est l’hiver. C’est vrai qu’il est intense et dure longtemps (comptez 5 mois en moyenne!). OK on s’y habitue un peu (ou pas!) et on s’équipe avec collants, grosses chaussettes, tuque, gants, manteau long d’hiver, pulls et sous-pulls et éventuellement des chaufferettes. C’est en effet, le seul point « gris » au tableau qui me perturbe encore un peu… mais bon, ça fait partie du package!

Devenue accro à l’accent québecois, à l’énergie de cet endroit bien particulier mais surtout à son atmosphère « légère », je me fais une promesse, revenir encore ! Je compte me renseigner sur les démarches possibles pour m’y installer et logiquement dans quelques temps, je serais une vraie Québecoise !

 

Un jour, je vivrais au Québec!

En 2016, un nouveau système en ligne pour immigrer au Québec fait son apparition sur la toile. Il n’est donc plus possible d’envoyer son dossier de candidature (format papier) à Paris, tout doit se faire en ligne. L’idée de « MON PROJET QUEBEC » ne semble ne pas répondre aux questions de nombreuses personnes que je côtoie sur différents forums. Je fais connaissance avec quelques personnes en France qui ont le même désir que moi, immigrer rapidement. Nous nous motivons, nous patientons, nous rêvons un peu et un jour de juin 2016, on reçoit de nouvelles informations sur le nouveau système ainsi qu’une date pour s’y connecter. 6000 dossiers seront ouverts par session (il y en aura 2 par an!) pour les personnes qui souhaitent immigrer via le mode travailleurs étrangers en vue d’une résidence permanente. (la voie royale).

Mais le Ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion fait face à de gros retards et à de violentes critiques. Le jour-J est arrivé et ce que nous craignions tous, arrive. Je prends congé pour être certaine d’être connectée correctement et de mettre toute mon attention sur le processus. Après plusieurs tentatives de connexion, me voilà dans une salle d’attente virtuelle à 8h du matin (heure Montréal) avec un numéro de candidat qui me semble bien élevé. Si ma mémoire est bonne je devais être au-dessus des 10’000… Ne sachant pas vraiment comment le système fonctionne, je décide de prendre mon mal en patience. L’attente dura près de 5h pour qu’à la fin, je me fasse éjecter (on peut le dire!) du système : « Votre temps d’attente est dépassé. Le quota a été rempli. Merci et au revoir! »


Whaaaaaaaaaaaaaat ???

Colère et incompréhension parviennent de partout sur le forum où je suis connectée. Avec mes deux copines connectées, on apprend que l’une d’entre nous à réussi à être sélectionnée. Ouaouh ! Génial… .
Ce que je peux dire aujourd’hui, c’est que 3 ans plus tard, elle n’est toujours pas au Québec avec sa famille.
Pour les autres, il faudra patienter encore. Prochaine date de loterie : dans quelques mois.

 


Essai 1, système 0

Le système a apparemment déjà connu ses limites et même les médias se mettent à le critiquer ouvertement. C’est un véritable fiasco. Victime de leur succès, le site du Midi se voit bloqué. Des retards dans les demandes commencent et cela s’enchaînera durant des mois, que dis-je des années. Quelques mois plus tard, on nous annonce qu’une nouvelle date sera proposée. Super, cette fois-ci, ça sera la bonne! Je vous la fait courte mais après des heures interminables, le système m’a dit que « c’était trop tard », normal étant donné que j’ai obtenu un n° dans la salle d’attente dans les + de 30’000 !

Dans ma tête, je laisse donc tomber cette fichue « loterie » et je m’en vais trouver une autre solution comme une « promesse d’embauche ». Une étape qui apparemment pourrait réussir. Le but est d’avoir un employeur québecois qui soit intéressé à faire les démarches d’engagement (à distance et sans te connaître!) mais il doit justifier qu’il ne trouve personne sur place pour le poste et qu’il me veut moi. Il doit ensuite s’acquitter de 1000$CAD (non remboursable en cas de refus, bien entendu!) et si tout va bien, dans 3 mois, je pourrais venir et travailler pour lui durant 2 ans. Après 1 an de travail, je pourrais faire ma demande de résidence permanente qui me coûtera encore environ 1500$CAD (si on compte tous les frais).

Entre-temps, j’apprends que le Ministère a plus de 30’000 dossiers en retard et fait face à de gros problèmes côté délais de réponse. Tu m’étonnes ! On nous dit que « Mon Projet Québec » est gelé et devrait refaire peau neuve en août 2018 ! D’ici là, patience. Encore. 2017 a été une année de patience.

La promesse d’embauche ratée

Fin novembre 2017, je réussi finalement à obtenir une promesse d’embauche et l’employeur est très motivé et décidé à m’embaucher car il ne trouve personne de qualifié depuis des mois. Génial ! Les dés sont jetés et après avoir rempli des tonnes de papiers, la procédure est lancée en mode « simplifiée » car ce métier est en demande. Nous devrions avoir une réponse d’ici janvier 2018.

En janvier, je reçois un message par mail du Ministère qui m’indique que mon « certificat d’études secondaires suisse » ne suffit pas et ne confirme pas une équivalence au Québec. What ??? Ils me demandent un autre diplôme équivalent (que je n’ai pas!) sinon mon dossier passe en mode « régulier » au lieu de « simplifié ». OK. Qu’il en soit ainsi. Je ne suis plus à 3 mois près. Mais 3 mois plus tard, en avril 2018, je reçois un  « REFUS » du Fédéral.

Les raisons du refus sont au nombre de 3 mais celle qui m’a fait le plus marrer, c’est que l’employeur n’a pas, selon lui, fait d’efforts raisonnables pour recruter quelqu’un de local.

Donc c’est un NON catégorique et retour à la case départ.
Impossible de reprendre le dossier et juste le modifier. Il faut tout refaire et bien sûr repayer 1000$CAD. Je suis dépitée.

En mai 2018, je décide de me faire aider par une Association à Montréal qui aide à trouver un moyen de s’installer au Québec. On m’a proposé la filiale « FORMATION-ETUDES » qui apparemment reste le seul moyen, au vu de mon profil pour immigrer rapidement. La formation en question est d’une durée de 16 mois. Je peux travailler à côté de mes études et à la fin de la formation, je peux obtenir ma résidence permanente.
Cela semble très intéressant même si pas mal d’énergie devra être fourni. Je me renseigne sur les coûts et là, douche froide. Les personnes de nationalité française ne paient quasiment rien pour cette formation grâce à l’entente entre les deux pays mais les autres étudiants internationaux se voient payer des frais d’environ 18000$CAD.
En plus de cela, il faut prouver que nous avons environ 13000$CAD pour vivre 1 an à Montréal (frais d’installation, nourriture, logement, etc). Je reprends une douche froide. Investir autant d’argent dans une démarche, ce n’est pas envisageable. C’est trop d’argent.

En juillet 2018, je me décide malgré tout à repartir au Québec pour les vacances et de profiter de l’été avec mes amis. Je découvre d’autres endroits et je m’en vais en Mauricie, dans les Laurentides et en Estrie. J’assiste à un festival amérindien, je fais de belles rencontres. Je m’y sens toujours aussi bien. Je suis triste mais j’essaie de vivre le moment présent.


Nouvelle lumière à l’horizon… 

En août 2018, un employeur est intéressé par mon profil et me propose de lancer le processus de promesse d’embauche. Serais-je plus chanceuse cette fois-ci ? Je suis bien entendu partante mais au moment où il apprend qu’il doit publier une annonce durant 4 semaines et remplir certaines conditions (à savoir mentionner le salaire annuel, taux horaire, sur l’annonce), il rebrousse chemin, apeuré par la procédure complexe.

OK… Encore une déception…


Et voilà qu’Arrima débarque…

Un nouveau système en ligne « Arrima » fait parler de lui en été 2018.
Une nouvelle plateforme en ligne bien meilleure que la précédente, soit disant.
OK, je garde l’espoir.
Nous sommes nombreux à nous renseigner sur les différents forums. Toujours rien. Je décide de prendre de l’avance et je passe mes tests de langues (anglais + français) pour mettre ainsi toutes les chances de mon côté et avoir suffisamment de points en cas de comptage sur la sélection.
Mes précédents tests passés en 2015 sont échus donc je débourse à nouveau 500$CAD pour les deux. J’obtiens de bons résultats. J’attends avec impatience l’ouverture de la plateforme Arrima mais rien ne se passe.

Les élections sont prévues en octobre au Québec et comme par hasard, le système Arrima ouvre ses portes début octobre avec près de 2 mois de retard.

La plateforme semble plus intéressante et cette fois, ça ne sera pas « premier arrivé, premier servi » mais basé sur une déclaration d’intérêt. Le Ministère invitera lui-même les personnes susceptibles de correspondre à une pénurie de travail au Québec. L’inscription est gratuite et ensuite, si on a la chance d’être sélectionné par le Ministère, on peut déposer sa demande de résidence permanente et payer les frais.

Une fois mon dossier rempli, je reçois un numéro et j’attends la prochaine étape : être sélectionnée par le Ministère. Cela fait depuis octobre 2018 que j’attends.

J’ai rencontré un avocat qui m’a dit que je n’avais, selon lui que peu de chances d’être sélectionnée via ce système car plus l’âge avance, moins on a de points. De plus, le Québec privilégie apparemment davantage les familles et n’ayant aucune promesse d’embauche validée par le Ministère, je n’aurais un score que peu élevé face à d’autres motivés.

OK, je suis fatiguée. Je commence à piquer du nez et mon moral se dérobe en automne 2018.

Dernier élan d’énergie

Ne jamais s’avouer vaincue… j’ai lancé une dernière bouteille à la mer et je suis entrée en contact avec le bureau d’un député. J’ai eu la chance de discuter avec eux et je tiens aujourd’hui à leur exprimer ma plus profonde et sincère gratitude (la personne se reconnaîtra). Ils ont été touché par ma situation et ont voulu s’intéresser de plus près à ce qu’il se passait. Nous sommes toujours en contact et ils ont pu constater par eux-mêmes que le Ministère travaille en ce moment (janvier 2019) à élaborer les lignes directrices du programme ARRIMA… comprenez : le Ministère ne sait pas encore sur quelles bases ils vont sélectionner les candidats (plusieurs milliers à ce jour) dans leur programme.


Verdict

Certes, je ne suis pas la seule dans cette situation épuisante et je ne mérite aucun traitement de faveur, mais aujourd’hui, vous connaissez mon parcours. J’avais besoin de mettre sur papier toutes ces années d’efforts.

Je suis Suissesse, je parle quasiment 4 langues, je connais le Québec, j’ai des amis québecois (certains membres de la Chambre de Commerce Canado Suisse),  je me suis intégrée, je parle même un peu Québecois (sti!) et je suis prête à relever mes manches malgré les différences de salaire et de vacances évidentes entre la Suisse et le Québec… mais apparemment le Québec ne veut toujours pas de moi. (pas encore…)

Merci à mes amis ici et là-bas qui m’ont toujours remonté le moral malgré les embûches.

Hauts les coeurs, je n’ai pas dit mon dernier mot…
Bonne chance à tous et surtout à moi !

Et comme le disait Thomas Edison : « je n’ai pas échoué, j’ai trouvé 10’000 moyens qui ne fonctionnent pas »…

Séverine 😉


Mise à jour du 8 février : 18 000 dossiers d’immigration sont éliminés à ce jour car ils n’avaient tout simplement pas été traités (certains datent de 2005!). Avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement de la CAQ, cette nouvelle a ébranlé tous ceux qui avaient déposé une candidature pour venir s’installer au Québec avant août 2018. Aujourd’hui, c’est l’élimination pure et simple de tous les dossiers envoyés sur l’ancienne plateforme. C’est près de 14 millions que le Québec devra rembourser aux candidats.Lire l’article ici.